d.b.NOVECENTO
Auteur : A BARRICO
Novecento, rythme des flots
NOVECENTO : PIANISTE
Une petite note pour un livre que j'ai apprécié au point de ne plus pouvoir le lâcher, la première page tournée.
J'ai adoré ce récit. Il est vite lu, mais il demeure en vous. IL TANGUE VOS SENS. Il vous transporte par l'élan de ses métaphores. Votre destination : l'essentiel.
Un bébé de migrants en partance pour les USA est abandonné sur la piano d'un virtuose : Danny Boodmann...à bord du Virginian.
Devenu génie incontesté du piano, le jeune Novecento n'a cependant jamais posé pied à terre. Né sur les flots, il n'en est jamais descendu.
La philosophie sous-jacente à la poésie d'Alessandro Baricco, telle que je la perçois, est la suivante : la circonscription du réel, à savoir la limitation des possibles est paradoxalement la condition qui va nous permettre une infinité de combinaisons réalisables à l'intérieur de ce périmètre.
C'est comme si les 88 touches noires et blanches étaient les unités de durée agréables et moins agréables imparties par la vie. Pas une de plus, pas une de moins.
A partir de ce donné, on compose à l'infini en ensorcelant le moins agréable pour le dompter, le tourner à notre avantage.
Par la finitude, l'immersion dans l'inifini des possibles. Pas l'infini des réalisations. Mais l'infini de la POSSIBILITE de leur réalisation. A nous de composer la mélodie du surgir de notre existence.
Passages que j'ai le plus appréciés :
" Mais comme beaucoup d'hommes habitués à vivre en uniforme, il avait fini par penser également en uniforme. C'est pourquoi il dit : "Novecento tout cela est absolument contraire au règlement". Novecento s'arrêta de jouer. C'était un petit garçon qui parlait peu mais apprenait vite. Avec douceur, il regarda le commandant, et il lui dit : "au cul le règlement." (p. 32)
"A présent, personne n'est obligé de le croire, et pour être exact, je n'y croirais pas moi-même si on me le racontait, mais la vérité vraie, c'est que ce piano commença à glisser, sur le parquet de la salle de bal, et nous derrière lui, avec Novecento qui jouait, sans détacher son regard des touches, il avait l'air ailleurs, et le piano suivait les vagues, il s'en allait d'un côté, revenait de l'autre, puis tournait sur lui-même, et filait droit sur les baies vitrées, puis, à un cheveu de la vitre, il s'arrêtait et recommençait à glisser doucement dans l'autre sens, je veux dire comme si c'était l'Océan qui le berçait, et nous avec, moi je n'y comprenais rien, [...] j'ai compris à ce moment-là, que ce qu'on faisait, c'était danser avec l'Océan, nous et lui, les danseurs fous, et parfaits, emportés dans une valse lente, sur le parquet doré de la nuit." (p.39)
" Imagine maintenant : un piano. Les touches ont un début. Et les touches ont une fin. Toi, tu sais qu'il y en a 88, là-dessus, personne ne peut te rouler. Elles ne sont pas infinies, elles. Mais toi tu es infini, et sur ces touches, la musique que tu peux jouer elle est infinie. Elles, elles sont 88, toi tu es infini.[...]
Mais si je monte sur cette passerelle et que devant moi se déroule un clavier de millions de touches, des millions, des millions et des milliards de touches qui ne finissent jamais (...)sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer, tu n'es pas assis sur le bon tabouret. Ce piano-là c'est Dieu qui y joue." (p.77
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